Avec la mise à disposition d’un jardin pour ma classe nature, faire du jardinage était une évidence.
Moi qui n’ai pas la main verte, c’était mon gros challenge de cette année !!! J’avoue que j’avais beaucoup d’appréhension. Mais j’adore les défis et encore plus apprendre!!!
J’ai donc beaucoup potassé les manuels de jardinage et pratiqué dans mon jardin avant la rentrée pour me donner suffisamment confiance pour transmettre à mes élèves ! J’ai fait un potager permacole, une mare, mis en place un composteur et pratiqué au préalable certaines activités de ma programmation. Le jardinage est un hobby qui me détend, c’est bénéfique pour mon jardin et pour ma famille qui mange des produits naturels (même si on est encore très loin de l’autosuffisance) et mes enfants qui apprennent aussi à jardiner. Les fameuses synergies entre vie pro et perso !
Ce fut une année intense mais aussi très enrichissante ! Voici mon retour d’expériences et quelques tips après avoir jardiner avec trois classes pendant un an.
Un jardin permacole
Comme j’ai à cœur d’éveiller la conscience environnementale des élèves, j’ai décidé de faire un jardin potager selon les principes de la permaculture (mode de culture qui s’inspire et respecte la nature).
Quand on fait un potager permacole, on se rend compte qu’il ne s’agit pas de s’intéresser uniquement à nos cultures, mais aussi au reste de la végétation et à la vie animale du jardin puisque tout est lié. Une super entrée en matière pour aborder les notions de biodiversité et d’écosystème. Or, la préservation de la biodiversité et plus généralement les enjeux liés à l’environnement et au développement durable sont au cœur des enseignements tout au long de la scolarité. A travers le jardin permacole, les élèves prennent conscience de ces enjeux et ont des moyens concrets d’agir.
Voici quelques actions/projets que l’on peut mettre en place :
- Rédiger une charte de la biodiversité au jardin ou signer la charte des jardins de La Salamandre
- Installer un récupérateur d’eau de pluie (l’occasion de parler du cycle de l’eau)
- Pailler les cultures pour limiter l’arrosage et fabriquer des systèmes d’arrosage intelligents
- Recycler les déchets en installant un composteur (l’occasion parler de la décomposition de la matière organique)
- Préparer des engrais naturels
- Conserver des coins de nature sauvages
- Attirer les auxiliaires et les prédateurs des ravageurs au jardin


Une programmation de classe dehors autour du jardinage
L’an dernier, ma programmation de classe dehors s’est donc articulée autour de mon projet de jardin potager permacole.
Pour la construire, j’ai commencé par lister les tâches de jardinage à faire au fil des mois. Je me suis appuyée sur les ressources ci-dessous.

Ensuite j’ai mis en parallèle les notions que je pouvais travailler dans les différentes disciplines en lien avec ces différentes tâches. Puis j’ai crée et planifié mes séances/séquences pour chaque période. Je me suis aussi appuyée sur les ressources de L’école jardinière.
A télécharger sur ma boutique : une proposition de programmation de classe dehors autour du jardinage.

Plusieurs des séances/séquences sont à retrouver sur mon blog ou mon compte Instagram, certaines ressources sont sur la boutique (leçons sur le sol, les plantes à fleurs…).
Voici une bibliographie sur le jardin.
Un planning contraignant mais varié
Jardiner implique une certaine rigueur. Les tâches de jardinage respectent un calendrier bien précis. Donc oui c’est contraignant car on doit en tenir compte dans la programmation. Mais je trouve aussi que ce respect du rythme des saisons (car il est question de ça) est intéressant à transmettre aux enfants. C’est même important à l’heure actuelle où nous vivons dans une société déconnectée de la nature, où nous mangeons des fraises en toute saison.
Le jardinage c’est du travail, on ne va pas se le cacher ! C’est physique et ça prend du temps. Il faut l’avoir à l’esprit. Personnellement, j’y ai consacré beaucoup de mon temps personnel : avant la rentrée pour nettoyer le jardin, l’aménager, préparer une butte en lasagne, pendant les vacances (1 à 2 journées) pour nettoyer le jardin, s’occuper du potager, mais aussi parfois le matin ou le soir après l’école pour arroser les cultures, ranger les outils quand on n’avait pas le temps à la fin de la séance. Mais n’oublions pas non plus le temps de planification des tâches, de préparation des activités jardinage et du nettoyage/rangement du matériel. Je me souviens avoir passé un temps monstre à préparer la séance des semis et plantations de printemps : chercher quoi planter, quelles associations faire ou ne pas faire, à quel moment planter, comment répartir les cultures entre les différentes parcelles mais aussi comment planter telle espèce (en ligne, en poquet, à quelle distance…). Je ne veux pas être décourageante mais personnellement je n’avais peut être pas assez anticipé cette charge de travail. Heureusement, j’ai eu la chance d’avoir le soutien du propriétaire du jardin qui m’a énormément aidé pour l’aménagement, le nettoyage, l’arrosage mais qui m’a aussi accompagné pendant les séances. Je vous conseille, si c’est possible, de ne pas vous lancer seul dans un projet jardinage car ça peut vite être épuisant.
Le jardinage peut aussi être contraignant car il laisse peu de place pour des activités autres que le jardinage. Effectivement, il va occuper une place importante dans votre programmation de classe dehors et va être votre fil conducteur. Sur ce point, je vous rassurerai en vous disant qu’il y a des périodes plus creuses en matière de jardinage pendant lesquelles vous pourrez travailler sur d’autres choses. Mais surtout le jardinage ne se réduit pas aux travaux de jardinage à proprement parler. Il favorise de nombreux apprentissages dans différents domaines disciplinaires mais aussi de développement de savoir-faire en matière de jardinage et de savoir-être. Il permet aux élèves de développer leurs connaissances naturalistes, d’apprendre à utiliser des outils de jardinage, de travailler de façon concrète sur des notions scientifiques (alimentation, cycle de vie des végétaux/animaux, écosystème…) de comprendre de l’influence de la météo et des saisons sur le jardin et la nature plus généralement, de prendre conscience des enjeux de développement durable (biodiversité, consommation/production responsable…), d’enrichir leur lexique, de leur inspirer des écrits, d’étudier des œuvres littéraires sur cette thématiques, de mener des projets artistiques et techniques (abris pour animaux, épouvantails…), de travailler les mathématiques de façon concrète (monnaie…).
Et comme vous pouvez le voir ci-dessous, on peut travailler toutes les disciplines en lien avec le jardinage.

Voici quelques activités connexes au jardinage, réalisées avec mes élèves : poèmes Dans mon jardin, livre de recettes, tableaux Arcimboldo, préparations culinaires, création de mini jardins éphémères, inventaire et livre de la biodiversité au jardin, abris à hérisson, mangeoires pour les oiseaux, épouvantails…










Un investissement financier pas si élevé
L’aspect financier peut représenter un frein car il est vrai que jardiner demande un certain équipement, des graines, des plants, des aménagements (récupérateur d’eau, serre…). Mais on peut trouver des alternatives à moindre coût.
J’ai équipé ma classe nature en outils pour une centaine d’euros. J’avais demandé une contribution financière de 5€ aux parents. J’avais trouvé des outils pour pas trop cher à Castorama et sur Amazon. L’idéal est d’acheter le matériel au printemps où on trouve des outils à des prix très accessibles dans les supermarchés ou dans des magasins comme Action. Vous pouvez aussi solliciter les parents, mais pour ma part je n’ai réussi à avoir aucun outil. Les ventes de vos récoltes peuvent aussi permettre de financer d’autres équipements au cours de l’année. Je ne sais pas trop si on peut trouver facilement des outils en ressourcerie car c’est généralement des outils dont on se débarrasse seulement quand ils sont abimés.
Voici notre équipement initial. Voir le détail dans mon article Aménagement de ma classe nature. J’ai ensuite racheté quelques outils à main au printemps.


Ce qui me semble important en terme d’investissement, c’est un récupérateur d’eau (j’ai trouvé le mien pour une vingtaine d’euros à Castorama) avec quelques petits arrosoirs et brumisateurs (pour les semis au début).

On a également investi dans une petite serre au printemps car le jardin est loin de l’école. Je l’avais trouvé à Auchan pour 50€. Mais n’étant pas très grande, les élèves de CM avaient dû ramener leurs semis à l’école pour les entreposer sous la véranda. Ce n’est pas un indispensable.


Pour ce qui est des parcelles, pour ma part, je n’ai pas utilisé de carrés potagers (ou du moins un seul que j’ai récupéré chez moi) ou de jardinières mais j’ai fait des buttes en lasagne (en savoir plus).

Concernant les massifs, je les ai bordé avec du grillage du propriétaire du jardin.

Enfin pour ce qui est des graines et des plants, j’en ai acheté très peu. Nous en avons beaucoup récupéré avec les élèves en début d’année au jardin et chez nous. Et j’ai plusieurs parents qui m’ont donné des graines et des plants. Pour les godets de vos semis, j’ai fait l’erreur d’en acheter des biodégradables car je voulais les replanter directement en terre pour éviter le stress du repiquage. Mais en fait ça absorbe beaucoup l’eau, si on mouille trop, le pot est tout détrempé et se déchire. Donc à éviter ! Privilégiez les godets en plastique et pour le coup c’est assez facilement récupérable auprès des parents.
Pour la paille, j’achetais des gros ballots dans une ferme pour 2,5€.
N’hésitez pas également à solliciter les jardineries en exposant votre projet pour avoir quelques dons.
Jardiner avec un grand groupe d’élèves
C’est vrai que cela demande plus d’organisation qu’avec mes trois enfants ! Après j’avais de la chance de ne pas avoir de gros effectifs. Tout au plus, j’avais 18 élèves.
J’ai testé différentes modalités de travail selon les tâches à exécuter.
- J’ai fait jardiner tous les élèves en même temps. L’avantage c’est qu’on donne les explications en une seule fois et qu’on a tous les élèves à l’œil, on peut donc intervenir facilement. Par contre, c’est vrai que ça se prêtait plus à certaines tâches que d’autres. Par exemple, quand on a planté un massif (en ligne) d’alium ou un arbre (j’avais pu acheter qu’un cornouiller par classe), ce n’était pas évident car il n’y avait pas assez d’outils pour chacun, ils devaient donc se les prêter et patienter. Ceux qui passaient au début s’agitaient ensuite. En revanche, quand nous avons fait les buttes de culture, ils ont tous jardiné en même temps mais ça allait car ils se répartissaient les tâches, certaines tenaient la brouette, d’autres prenaient la paille à la main, d’autres encore ratissaient… Idem, quand on a semé l’engrais vert, ça s’est bien passé car tous pouvaient participer en même temps.





- J’ai réparti les élèves en groupes en leur attribuant des tâches ou des cultures différentes. Ce fut le cas par exemple quand j’ai réparti les différents bulbes et boutures à planter entre les différents groupes. Personnellement j’ai moins aimé car je ne pouvais pas être présente avec tous les groupes en même temps car souvent ils jardinaient à des endroits différents.


- J’ai travaillé en demi-groupe, en jardinant avec la moitié tandis que l’autre moitié était avec l’adulte accompagnateur sur une autre activité (jeu libre, sportif ou activité créative en autonomie). Je faisais au préalable la leçon en classe entière, en revanche, j’expliquais la consigne pour chaque demi-groupe. L’avantage c’est qu’on travaille avec un groupe plus restreint d’élèves, chacun peut donc être équipé ou presque (ils peuvent travailler en binôme ou trio selon l’équipement) et on peut accompagner plus facilement chaque élève/groupe. J’ai choisi cette modalité quand nous avons fait les semis puis les repiquages au printemps.




Lors de mes grosses séances de jardinage de printemps, en plus des consignes orales, j’avais écrit les consignes sur des tablettes ardoises. J’ai trouvé cela pratique. @apprendreaupotager fait des tutos illustrés à ses élèves.


Il est important de faire des démonstrations en décomposant les tâches geste par geste et être bien précis et explicite dans les explications. Pour nos semis, j’avais noté sur des écriteaux la profondeur, la distance, le type de semis mais j’avais oublié de préciser de tasser la terre dans les godets car cela me semblait évident. Mais ça ne l’était pas et je me suis retrouvée avec des godets remplis à peine à moitié !


Autre conseil : préparer et organiser le matériel en amont des séances. Les activités jardinage étant souvent assez longues, cela permet de ne pas perdre de temps et de commencer rapidement. Cela permet aussi aux élèves de trouver facilement le matériel dont ils ont besoin et de le ranger ensuite.

Bilan de nos récoltes
Cette première année n’a pas été très fructueuse !!!
Sur la butte des CP, seuls des radis et des haricots ont poussé! Les élèves ont dégusté les radis à la cantine, en revanche, les haricots n’ont pas été cueillis en fin d’année.


Sur la butte des CE, les pommes de terre et patates douces ont poussé mais n’ont pas été récoltées.

Sur la butte des CM, seuls les capucines ont fleuri. On n’a eu aucun légume.

Dans le carré potager des fraisiers, nous avons eu quelques fraises et des fleurs.

J’attribue cette mauvaise récolte à plusieurs facteurs :
- le choix des godets biodégradables
- une mauvaise gestion de l’arrosage. Le jardin n’étant pas proche de l’école, je n’ai pas arrosé régulièrement les semis et il a fait chaud à cette période. L’arrosage des semis était soit pas assez important (avec le brumisateur alors que le carton absorbe l’eau) soit trop fort (le carton se déchirait, la terre et les graines sortaient des godets).
- une terre argileuse très difficile à travailler et qui nécessitait davantage d’être arrosé. Nos buttes mais également les parcelles où l’on a semé des fleurs auraient méritées d’être mieux travaillées avant les séances.
Après toute expérience est riche d’enseignements. C’est ce que j’ai expliqué aux élèves en fin d’année quand on a fait un bilan de notre potager.
Du coup qui dit pas de récolte, dis pas de ventes. Ca reste une déception car dans mon projet annuel de jardin potager, j’avais évidemment envisagé de faire découvrir, à mes élèves, la chaine de production des fruits et légumes depuis la préparation de la terre jusqu’à la vente des fruits et légumes. Néanmoins nous avons quand même réalisé deux ventes au cours de l’année.
- La première vente a eu lieu lors de la fête de l’automne. Les élèves avaient réalisé quelques préparations (compotes, pâtisseries) avec les pommes du verger. Nous avions aussi vendu des cagettes de fruits et légumes (mais ils ne provenaient pas du jardin, c’était essentiellement des invendus récupérés en magasin) sous forme de portraits Arcimboldo. Malheureusement ce ne sont pas les élèves qui ont tenu la caisse, car nous n’avons pas eu le temps de les préparer et de mettre en place un roulement. N’ayant pas récupéré la recette, je n’ai pas non plus eu l’occasion de travailler avec eux la gestion du budget comme le font les maraîchers.



- La deuxième vente a eu lieu en fin de période 4. Dans le cadre du projet entreprenariat des élèves, ils ont réalisé plusieurs ventes de gâteaux et de créations de leurs entreprises. Pour la première de ces ventes, nous avions préparé des sachets de graines avec des graines récoltées en début d’année. Ceux sont eux qui ont fabriqué les sachets en origami (tuto sur ma boutique), les ont illustré et ont rédigé les informations. L’occasion de faire aussi un peu de maths avec la pesée et la répartition des graines. Nous avons aussi vendu notre livre de recettes de la fête de l’automne. Pareil je n’ai malheureusement pas pu travailler avec eux la relation marchande.






Pour conclure, je dirai que cette année de jardinage fut vraiment très enrichissante (en terme de savoirs, savoir-faire et savoir-être) pour les élèves et pour moi. Je reste un peu décue et frustrée de ne pas avoir eu de belles récoltes (au vue de l’investissement en temps et en énergie) et de ne pas avoir été au bout de ce projet de jardin potager avec tout ce que j’avais prévu. Mais il faut savoir être humble. C’était une première année. J’ai appris et je ne pourrai que m’améliorer !
Si vous souhaitez vous lancer dans le jardinage avec vos élèves, je vous conseille les comptes instagram de @apprendre.au.potager et @entre_jardin_et_forêt, qui sont des références en la matière.
Une programmation de classe dehors autour du jardinage
Voici une programmation de classe dehors articulée autour d’un projet de jardin potager permacole.
Pour la construire, j’ai commencé par lister les tâches de jardinage à faire au fil des mois. Je me suis appuyée sur les ressources ci-dessous.

Ensuite j’ai mis en parallèle les notions que je pouvais travailler dans les différentes disciplines en lien avec ces différentes tâches. Puis j’ai crée et planifié mes séances/séquences pour chaque période. Je me suis aussi appuyée sur les ressources de L’école jardinière.
A télécharger sur ma boutique : une proposition de programmation de classe dehors autour du jardinage.
Je vous partage ci-dessous les liens des déroulés de séances et des supports d’activités. Pour les déroulés de séances, ça ne correspond pas toujours exactement à la programmation. Donc partez bien du descriptif de la programmation par période (plus récent et remanié) et piocher les éléments nécessaires dans les déroulés de séance.
Période 1
- Semaine 1 : Le jardin
Déroulé de séance (sauf la partie invitation à créer un jardin éphémère proposée en P5)
Activité « dessiner le jardin (de ses rêves) »
- Semaine 2 : La permaculture
Piocher les éléments nécessaires dans cette séquence sur la biodiversité.
- Semaine 3 : La récolte et le nettoyage
Leçon sur les plantes à fleurs
- Semaine 4 : Le sol
- Semaine 5 : Le compostage
Quelques éléments dans la leçon sur le sol
- Semaine 6 : Les cultures d’hiver ou engrais vert
Voici une bibliographie sur le jardin.









